N° 1- 1997
 
  Sport et prévention
  par Elisabeth François
 
     
 

Le sport entretient avec l'alcool une étrange histoire d'attraction et de rejet. Tester ses limites, découvrir de nouveaux possibles, se griser de records, quand ce n'est pas frôler la mort: les analogies ne sont-elles pas frappantes ?

 
  Les sportifs eux-mêmes sont souvent les premiers à cultiver le parallélisme entre leur pratique et la toxicomanie. " L'alpinisme, c'est ma drogue, je ne peux pas m'en passer " entend-on dire couramment. Plaisir autant que souffrance, le risque fascine les adolescents qui plébiscitent les " héros de l'impossible ", les faiseurs d'exploits dont les médias orchestrent le mythe. L'alcool, de la même manière, n'a-t-il pas cette capacité d'exorciser la banalité du quotidien ? Tout comme l'exercice physique intense, qui favoriserait dit-on la sécrétion d'endorphines, ces hormones qui conditionnent l'adaptation au stress et à la dépression de chaque individu, et utilisent les mêmes récepteurs que la morphine et ses dérivés. Au point que certains sportifs pourraient se rendre dépendants de l'euphorie qu'ils ont générée eux-mêmes, et contracter une surprenante addiction biologique.
   
  Dans une autre perspective, le sport est souvent recommandé pour l'ensemble de la population à des fins préventives, voire thérapeutiques pour les jeunes marginaux, les toxicomanes, et aussi les malades alcooliques. Que faut-il retenir de toutes ces affirmations ? Quelle est la part d'idées reçues, quelles espérances peut-on fonder sur la pratique de l'exercice physique ?
 
Quand le sport rencontre l'alcool
  S'il n'est évidemment pas question de confondre sport de compétition - recherche de performances, entraînement codifié, discipline rigoureuse... et dopage ! - et sport de loisir, visant plutôt à la détente ou la forme physique, on ne peut s'empêcher d'observer de part et d'autre des attitudes souvent favorables à l'alcool.
   
  Pour Jean-Yves Lassalle, enseignant à l'Institut des sciences pénales et de criminologie, le milieu sportif ne se distingue pas radicalement des autres : " Il ne constitue en aucune manière un sanctuaire où l'on ne rencontrerait ni malhonnêteté ni violence. Il faut être persuadé du caractère ambivalent du sport : s'il peut être utilisé comme outil d'intervention, dans une optique éducative et préventive, il est aussi source de délinquance ". Une délinquance qui explose d'autant plus volontiers, parmi les supporters de football notamment, qu'elle rencontre certaines caractéristiques telles que jeune âge, difficultés scolaires ou d'emploi, chauvinisme, revendication d'une sous-culture déviante, alcool, contexte sonore démesuré, ambiance groupale, perte de la responsabilité, sentiment d'impunité.
 
  Les excès ne concernent pas que les sports collectifs ou les grands stades, même s'ils s'y rencontrent plus souvent. Selon une étude autrichienne menée au service de traumatologie de l'hôpital d'Innsbrück sur 400 skieurs, près du tiers des victimes d'accidents de ski hospitalisées pour fractures ou lésions graves se trouvaient sous l'emprise de l'alcool ou de benzodiazépines. Les accidents les plus graves correspondant généralement à une consommation au cours des heures précédentes.
   
  On se rappelle aussi les neuf motards tués autour du circuit des 24 heures du Mans en 1992 - sur les six prélèvements sanguins effectués, quatre révélaient des doses importantes et illégales d'alcool - et les arrestations pour conduite en état d'ivresse opérées au cours de ce week-end, en marge du circuit.
   
  Ce n'est un secret pour personne que certaines équipes nationales sont les premières à oublier de temps à autre les consignes les plus élémentaires de sobriété. Ne parle-t-on pas de soirées... après-ski où les mots " ivre mort " sont à prendre au sens propre ?
 
  Que dire aussi des troisièmes mi-temps, qui font la célébrité du rugby autant que le fameux ballon ovale ? Que dire encore des buvettes sur les terrains de sport, et des innombrables... Cafés des Sports, souvent seul point de ralliement et d'échange des sportifs amateurs, surtout en zone rurale ? Ou des cannettes décapsulées en série devant la télé, à l'heure du match ?
   
  Le choix des sponsors reflète tout naturellement cette réalité. La prochaine coupe du Monde de Football, qui doit se tenir en France en 1998, est actuellement l'objet de toutes les attentions d'un grand brasseur américain, Budweiser, qui oppose à une éthique pourtant évidente des arguments financiers de poids. Le ministère de la Santé saura-t-il résister à la pression ?
 
  On ne saurait pourtant imaginer substance plus opposée que l'alcool à la recherche de performances : non seulement l'énergie qu'il fournit n'est pas utilisable pour le travail musculaire, mais l'alcool rétrécit le champ visuel, allonge le temps de réaction aux signaux auditifs et visuels, diminue la récupération à l'éblouissement, amoindrit les réflexes, perturbe la coordination motrice. Des tests d'endurance pratiqués sur des randonneurs ayant consommé de l'alcool à des fins expérimentales (alcoolémies comprises entre 0,4 et 1, 1 gl) ont montré, après une nuit de repos, une chute de performance de 10 % par rapport aux résultats habituels.
 
  L'interdiction de la vente d'alcool dans les stades était inscrite dans la loi Evin (1991). Dès 1992, un " assouplissement" était décidé avec l'autorisation d'une dérogation par an et par club. La brèche était ouverte. A force de pressions réitérées, une " plus large possibilité d'ouverture des buvettes" allait être consentie. Désormais, dix dérogations sont accordées annuellement aux groupements sportifs agréés qui en font la demande (décret 96-704 du 8 août 1996).
   
  Le sport est néanmoins régulièrement présenté comme un excellent outil de prévention. Moyen d'intégration sociale, il ferait reculer le sentiment d'exclusion souvent à l'origine d'un recours à l'alcool ou à la drogue. Educateurs, policiers, services municipaux, responsables d'équipements sportifs s'accordent sur, ce point. La maîtrise de soi, l'apprentissage des règles, l'ouverture aux autres, naîtraient spontanément de la pratique régulière d'un sport, surtout quand c'est un sport d'équipe, et d'autant plus efficacement que le plaisir éprouvé fait oublier effort et contrainte.
   
  Poussant la logique jusqu'au bout, de nombreux encadrants préconisent le sport à des fins de rééducation : les effets tranquillisants et même antidépresseurs d'une pratique régulière chez des sujets fragilisés ont souvent été soulignés. L'énergie mobilisée au cours de l'exercice permettrait de retrouver les limites d'un corps depuis longtemps oublié. Le dépassement de soi imposé par l'épreuve serait une forme renouvelée (et préférable) du sentiment de transgression cher aux toxicomanes, tandis que l'euphorie née de l'effort remplacerait les plaisirs fugaces du verre ou du joint.
   
Marche, natation
  Si les sports à risque (escalade, parachutisme) sont généralement préconisés pour les toxicomanes, les sports n'impliquant pas d'esprit de compétition, comme la gymnastique, la marche ou la natation, sont plutôt recommandés aux alcooliques. La performance accomplie, aussi modeste soit-elle, peut forcer l'admiration des autres... ou la sienne propre. Le cadre généralement ludique de l'activité entraîne tout naturellement une prise de distance par rapport au quotidien. Devoir coordonner, voire anticiper ses mouvements, amène à une observation de soi, une constatation de ses tensions, de ses émotions. Avec du temps, avec surtout un encadrement adapté, des conseils personnalisés, le sujet peut découvrir la détente musculaire, acquérir un équilibre qui lui était refusé jusque-là.
   
  Des malades alcooliques invités à pratiquer le jogging, dans une clinique allemande, ont fait valoir, malgré leurs inquiétudes avant de commencer, un net sentiment de soulagement : ils étaient encore capables d'un résultat ! D'où une nouvelle image de soi, un sentiment d'autonomie, qui les poussaient parfois à entreprendre un autre sport. Sur le plan purement physique, des améliorations étaient observables chez presque tous les patients : diminution des problèmes circulatoires, récupération du sommeil, capacité respiratoire accrue, souplesse retrouvée.
   
  Mêmes effets bénéfiques auprès d'un groupe de malades observés dans un hôpital japonais, et qui avaient joué régulièrement au basketball pendant dix mois : leurs capacités physiques se sont améliorées, notamment la coordination des gestes, tandis que les perturbations neurologiques diminuaient sensiblement.
   
  Autre résultat positif : il semble que les améliorations constatées auprès de malades s'entraînant régulièrement soient tout à fait similaires à celles que l'on pourrait enregistrer dans un groupe témoin, non alcoolique.
   
  Au centre de post-cure de Val Pyrène, à Osseja (66), le médecin, le Dr Gailliot, préfère le terme d'activité physique adaptée pour ses malades, qui signent un contrat de séjour. Le centre, situé en moyenne montagne, offre un cadre idéal pour la randonnée ou l'escalade. Un temps d'acclimatation est toutefois nécessaire aux arrivant qui vont inclure dans leur journée des activités physiques personnalisées, sans aller jusqu'aux excès ou la défonce. Confronté à ses limites ou... ses courbatures, le malade acquiert au moins une certitude, celle de vivre dans son corps et par lui-même. Un peu plus tard, il partira en randonnée en petit groupe. Occasion de s'orienter, de trouver des buts et des repères. Mais aussi de vivre avec les autres, de se contrôler. La règle est de toujours attendre le plus faible, même si on a envie de continuer. " C'est fou ce que ça déclenche, commente le Dr Gailliot. Le problème est ensuite de gérer tout ce qui s'est passé dans la journée ! ".
   
  On remarquera toutefois que, dans toutes ces actions de rééducation, le sport est intégré dans un programme complet de soins. Les progrès sont surveillés, commentés, encouragés. Il est très probable que cet encadrement vigilant est au moins aussi important que le sport proprement dit dans la survenue des améliorations.
C'est la raison pour laquelle les expériences menées ne sont pas fréquentes et, quand elles se produisent, ne peuvent pas toujours être renouvelées, pour des raisons financières ou d'encadrement évidentes. Nous avons déjà eu l'occasion de relater le raid en Laponie mené à l'initiative de Cap 14 avec 9 malades alcooliques. Dans un esprit comparable, le Comité de l'A.N.P.A. du Territoire de Belfort a tenté l'expérience d'une randonnée dans les Cévennes avec 10 malades alcooliques, sortis de cure le mois précédent. Les contraintes de la marche, l'obligation de l'effort, la cohabitation..., ont entraîné ces jeunes dans une aventure parfois difficile mais structurante qu'ils ne regrettent pas.
   
Prévention
  Avec la démocratisation des loisirs, la pratique sportive s'est généralisée dans la population, tous publics, tous âges, toutes disciplines confondus. Cette extension est, à n'en pas douter, d'un pronostic favorable pour la santé publique.
   
  Il semble pourtant qu'un immense fossé sépare le " sport de papa " , avec les qualités qui lui sont traditionnellement attachées ténacité, rage de vaincre, discipline, esprit d'initiative - ce langage a encore cours chez bien des éducateurs ou moniteurs sportifs et les tendances qui s'affichent dans la nouvelle pratique sportive, et notamment les " sports de l'extrême " : individualisme, recherche de l'instant exceptionnel, rien à prouver. Valeurs très en vogue, et revendiquées par de nombreux sportifs de toutes disciplines. L' " enfer " dont parle Isabelle Autissier, cocktail de peur, de solitude, de fatigue sur fond de jusqu'au-boutisme, n'est pourtant pas donné à tout le monde.
   
  Le sport dans ces conditions peut-il aider à la prévention ?
Il n'est pas exclu, au moins dans certains cas, que les excès même enregistrés dans la pratique du sport aient incité le grand public à une prise de conscience d'un type nouveau. D'où par exemple les critiques formulées à l'encontre du Paris-Dakar, et son " utilisation des pays africains comme terrains de jeux " pour reprendre la dénonciation de l'association Pa'Dak. Mais on pourrait évoquer aussi les questions posées par le coût financier et humain des opérations de sauvetage en montagne ou en haute mer, ou les manigances trésorières de tel ou tel club. Ou encore la très contestable médiatisation de certains événements, faux-directs du 20 heures à l'appui, aux antipodes des enjeux supposés du sport.
   
Un comportement plus modéré, plus sain
  Tous ces débordements pourraient inciter a contrario à la recherche d'un comportement plus sain, guidé par le bon sens, du moins dans une partie de la population.
   
  Depuis plus de dix ans maintenant, le Triathlon Sobriété de Vesoul réunit, au cours d'un week-end d'été, sportifs professionnels et public amateur, tous invités à disputer des épreuves graduées de natation, cyclisme et course. L'enjeu de la manifestation est de montrer le lien unissant hygiène de vie et performances, maîtrise de soi et condition physique. Pas d'alcool aux buvettes, des messages de prévention sont diffusés au long de ces deux journées, qui commencent à bénéficier d'une vraie célébrité.
   
  Depuis 1992, l'opération Calmos signe la coopération réussie des Pouvoirs Publics et de certains institutionnels en faveur de la sécurité routière. L'opération est destinée aux motards sillonnant les routes de France en direction du Circuit du Bol d'Or. A Montpellier, Lançon-de-Provence, Mâcon ou Fleury-en-Bière (77), Motards en Colère, DDE... et A.N.P.A. investissent les aires de repos pour inciter les motards à se décontracter, prendre une boisson chaude, mais aussi communiquer. La prudence (alcool, vitesse, préservatifs) est à l'ordre du jour et reçoit un accueil très favorable de la part des motards, beaucoup moins rebelles à la prévention qu'on pourrait le croire.
   
  Dans les Hautes-Pyrénées, un éducateur de jeunes rugbymen s'est engagé avec le Comité de l'A.N.P.A. à sensibiliser les clubs du département aux risques liés à l'alcool. L'initiative a immédiatement trouvé un écho favorable auprès des parents des jeunes joueurs, affolés à juste titre par les dégâts des " troisièmes mi-temps ". Même soutien, peut-être plus inattendu, de la part du Comité de rugby Armagnac -Bigorre, qui n'ignore rien des faits qui entachent la réputation du sport, et s'est dit prêt à entamer une deuxième opération de prévention.
   
  La prévention ne s'effectue pas sans prise de risque. Dans le Territoire de Belfort, le parapente a été utilisé comme moyen d'accroche et d'éducation auprès de jeunes de quartiers difficiles. Avec pour slogan : " Vous voulez vous envoyer en l'air ? On vous envoie en l'air ". Arrivés sans la moindre notion de ce que représente l'effort ou la discipline, les jeunes ont rapidement été confrontés aux impératifs de la sécurité et de la vie en groupe. Plus question de crâner. " Le vol oblige à un respect des règles, à un retour à la réalité. Pour se lancer dans l'expérience, il faut être clair dans sa tête, ça remet les neurones en place ", explique Marc Pillet, délégué du Comité de l'A.N.P.A.
   
  Les risques peuvent être financiers aussi. A Angers, les responsables d'un club de foot ont pris la décision de ne plus vendre que des boissons sans alcool à la buvette. L'initiative, qui revient au dirigeant du club, aidé par le mouvement Vie libre, a été relativement bien accueillie par les licenciés. Mais les responsables sont bien obligés de constater une baisse des recettes. Manque à gagner qu'ils essaient de combler par la vente de calendriers, de cartes, et l'appel à la Mutualité, acteur de promotion de la santé sur le quartier. La partie n'est pas gagnée pour autant, il faut aussi persuader les équipes invitées, qui ne cachent pas leurs sarcasmes devant pareille initiative. Mais c'est à ce prix qu'on bouscule les habitudes. Pour l'instant, les dirigeants tiennent bon.
   
  De son côté, et dans le même esprit, le Comité du Maine-et-Loire de l'A.N.P.A., en liaison avec la Direction départementale de la Jeunesse et des Sports, a eu l'idée d'organiser à l'intention des jeunes de 15 à 25 ans un concours destiné à valoriser la prévention de l'alcoolisme dans une association de leur choix, sportive ou non : boissons sans alcool, distribution d'éthylotests, affiches, toutes les idées sont bonnes à prendre.
   
  Ce tour d'horizon trop rapide des liens qui peuvent unir le sport et l'alcool, dans leurs aspects les plus contradictoires, voudrait attirer l'attention sur les dérives que peut revêtir la revendication abusive du sport, valeur-culte dans notre société, y compris auprès de ceux qui n'en font jamais.
   
  La pratique sportive, c'est indéniable, peut se révéler excellente sur l'individu dont elle renforce les aptitudes physiques mais aussi les capacités de maîtrise, de volonté, d'adaptation. Les disciplines de groupe recèlent de leur côté un potentiel d'intégration remarquable.
   
  On ne saurait pourtant affirmer que la pratique d'un sport à elle seule constitue un rempart contre les excès. Ce bénéfice ne peut guère apparaître que dans la mesure où l'action a été préparée, réfléchie dans ce sens, et que les participants sont suffisamment encadrés, à plus forte raison quand il s'agit de sujets fragiles. Les succès enregistrés se révèlent alors extrêmement encourageants. Malheureusement la lourdeur des moyens nécessaires au montage et au suivi des opérations de ce type en limite le nombre ou n'en permet trop souvent qu'une pratique ponctuelle. Le champ reste ouvert à des initiatives d'un type nouveau qui s'appuieront sur la pratique sportive pour promouvoir des actions plus ouvertes, plus saines, plus épanouissantes.
   
  Le sport et ses sponsors
  Par Thierry Taponard
   
  Chacun reconnaît au sport des qualités essentielles pour améliorer la vie en société. Guy Drut, ministre des Sports et de la Jeunesse, voit ainsi en lui un facteur de cohésion sociale et lui confère une place importante dans le processus d'acquisition des ressorts individuels qui permettent de ne pas rester passif devant son avenir et de faire le choix d'un projet de vie.
   
  Plus récemment, le directeur du marketing du Comité international olympique (C.I.O.) soulignait la force symbolique et le caractère unique des J.O. et rappelait le contrôle effectué sur leur commercialisation : pas de publicité dans le stade ni sur les maillots des athlètes, aucun alcoolier ou cigarettier parmi les " élus " du TOP (The Olympic Partners, regroupement des 10 sponsors officiels des Jeux).
   
  Cependant, les discours cherchant à vanter l'idéal olympique ou une certaine éthique sportive semblent bien éloignés des réalités et des véritables volontés. A cet égard, le passage en force (avec l'appui non voilé de M. Drut) que tentent d'effectuer les responsables de la bière Budweiser pour sponsoriser en France la prochaine Coupe du monde de football restera sans doute un cas d'école, quel que soit le résultat. Dans l'univers du sport, les sponsors alcooliers sont en effet nombreux à vouloir se partager l'énorme gâteau publicitaire, et si Budweiser ne s'affichait proud sponsor (" fier d'être sponsor ") que dans les coulisses des Jeux d'Atlanta, ils choisissent délibérément la petite lucarne pour s'associer au sport.
   
Quelques sponsors et partenaires officiels
   
  Dans le monde du football :
 
  • Fédération internationale (FIFA) : bière Budweiser (contrat estimé à 150 millions de francs).
  • Coupe du monde 1990 (en Italie) : bières Budweiser et Carlsberg.
  • Coupe d'Europe des nations 1996 (en Grande-Bretagne) : bière Carlsberg.
  • Équipe de Nottingham Forest : bière Labatt.
  • Équipe de Liverpool : bière Carlsberg.
  • Équipe de Newcastle : bière Newcastle Breweries.
  • Équipe de Glasgow Rangers : bière Mc Ewan's.
  • Équipe de Eendracht Alos (Belgique) : bière Safir
   
  Dans le monde du rugby :
 
  • Coupe d'Europe des clubs: bière Heineken.
  • Championnat d'Angleterre : bière Courage.
  • Championnat d'Écosse : bière Mc Ewan's
  • Championnat du Pays de Galles : bière Heineken.
  • Coupe du monde 1991 (en Angleterre) : bière Steinlager.
  • Coupe du monde 1995 (en Afrique du Sud) : whisky Famous Grouse et bière Heineken).
  • Équipe du Pays de Galles : bière Heineken.
  • Équipe de Nouvelle-Zélande : bière Steinlager.
  • Équipe du Canada : bière Labatt.
  • Équipe d'Argentine : bière Quilmes.
  • Équipe d'Écosse : bière Mc Ewan's.
  • Équipe d'Irlande : bière Guinness.
  • Équipe d'Australie : bière XXXX (dite Four X).
   
  Bien que les sports collectifs (particulièrement médiatisés) fournissent les exemples les plus flagrants, les sports individuels et notamment les sports de glisse ne sont pas pour autant négligés par les alcooliers. Qui n'a pas remarqué la crème de whisky Bailey's ou le cognac Camus autour des patinoires, ou plus récemment la bière Warsteiner (déjà sponsor de la dernière Coupe du monde de combiné nordique disputée au Japon) le long des pistes de Sestrières au cours des Championnats du monde de ski alpin ?
   
  Grâce à la télévision, le cercle élitiste de la Formule 1 s'est largement ouvert et popularisé. Les alcooliers ont bien sûr saisi cette opportunité de communication planétaire. En 1996, on a ainsi pu voir de nombreuses publicités d'alcools placées autour des circuits (Campari, bière Foster's, Cellier des Dauphins...) ainsi que trois écuries, Benetton-Renault, Williams-Renault et Jordan-Peugeot, sponsorisées respectivement par la bière Kingfisher, la bière Labatt et la vodka Kremlyovskaya. Sans oublier les podiums, copieusement arrosés par le champagne Moët (présent également aux arrivées des rallyes automobiles). Les brasseurs ont aussi investi les courts de tennis de l'US Open et d'Anvers (Heineken), du Masters, tandis que le cyclisme entretient des liens très forts avec la bière néerlandaise Amstel, organisatrice depuis 30 ans de la grande course Amstel Gold Race et sponsor des derniers Championnats du monde sur route organisés à Lugano.
   
  Avec notre loi Évin, le sport français semblerait presque protégé d'une partie de l'univers impitoyable du sponsoring. Mais la pression exercée par Budweiser avec l'appui du ministère des Sports (Michèle Alliot-Marie s'était déjà positionnée par le passé contre la loi), les incessantes actions de lobbying (menées notamment au Parlement) risquent de mettre un peu plus en charpie un texte de loi qui en 6 années a subi de nombreuses modifications limitant sa portée. La petite guerre livrée en 1995 par les alcooliers (précisément Pastis Duval, Cellier des Dauphins, Berger Blanc et Saumur Brut) au Conseil supérieur de l'audiovisuel peut-elle être interprétée autrement que comme une nouvelle attaque contre la loi Évin ? Prenant les télévisions (TF1 et France 2) à témoin et les téléspectateurs en otage, ces alcooliers ont effectivement réussi à empêcher la retransmission de matchs de football et de rugby tout en se présentant comme victimes. Victimes d'une loi liberticide et même anti-France qu'il fallait éliminer.
   
  Les alcooliers sont donc toujours présents, autour des terrains comme dans les coulisses. Autour des terrains, Pastis Duval et Cellier des Dauphins se font forts de suivre les clubs français ou nos équipes nationales lors de leurs déplacements à l'étranger, de préférence lorsque les matchs sont télévisés (panneaux publicitaires toujours placés et orientés face aux caméras !). Dans les coulisses, passant du sponsoring publicitaire aux relations publiques, les alcooliers bataillent à coup d'avantages en nature pour offrir les dotations nécessaires aux avant et après-match...