N° 3- 1998
 
  " Soif de vie " à Saint-Martin-du-Crau
     
  Tout est parti d'une enquête sur les jeunes et les substances toxiques, dans la commune de Saint-Martin-du-Crau (12 000 hab., Bouches-du-Rhône). Menée par l'A.M.P.T(Association Méditerranéenne de Prévention des Toxicomanies, Marseille), association indépendante spécialisée dans l'évaluation des problèmes de toxicomanie, elle montrait que la véritable drogue, chez les jeunes de la commune, était l'alcool, consommé par " un nombre important de mineurs et de pré-adolescents, parfois âgés de 12 ans ". Alerté, le Comité communal de prévention de la délinquance a alors pris contact avec le Comité des Bouches-du-Rhône de l'A.N.P.A. C'est ainsi qu'est né le projet d'une action de prévention, principalement en direction des jeunes. " Nous voulons protéger une jeunesse fragile en lui disant simplement que l'on peut boire avec modération " .
     
 

Dans l'immédiat, trois objectifs ont été retenus :

 
  • promouvoir les actions sur le terrain, avec les acteurs naturels de ce type d'intervention, éducateurs, animateurs sportifs...
  • apporter une information spécifique sur l'alcoolisation et l'alcoolisme,
  • organiser, en fin de programme, une semaine ponctuée par plusieurs manifestations, qui donneraient l'occasion de présenter certaines réalisations tout en favorisant la participation du public.
   
  L'action ne pouvait être menée à bien sans le concours de plusieurs intervenants extérieurs au programme, sollicités au préalable :
 
  • élus locaux, dont était attendu un engagement politique,
  • acteurs locaux susceptibles de se mobiliser dans la réflexion et les actions menées sur place,
  • média, pour la diffusion des résultats aux différentes étapes du projet.
   
  L'engagement politique, indispensable à la validation du projet, a été clairement concrétisé par une Lettre ouverte du maire dans le journal de la commune, annonçant le projet " Soif de vie à Saint-Martin ". Y était officialisée la signature d'une Charte des distributeurs (les 4 commerçants concernés dans la commune, dont l'un a retiré immédiatement ses premix de la vente) s'engageant à respecter la loi interdisant la vente d'alcool aux mineurs. Le maire s'engageait par ailleurs à participer avec son premier adjoint aux séances de bilan intermédiaires.
   
  La mobilisation locale des différents intervenants a entraîné des initiatives diversifiées et complémentaires, chacun déclinant le thème de la prévention dans sa spécialité propre : conseil municipal, (législation, impulsion des actions), collège, (conception d'affiches), centre social (questionnaire), associations sportives (calendrier), gendarmerie (sécurité routière)...
   
  Quant à la diffusion de l'information, au niveau local et régional, elle a été assurée par les journalistes, régulièrement sollicités. La médiatisation a contribué à faire connaître le label " Soif de vie ", mais aussi à diffuser de nombreuses informations et faire connaître, au fur et à mesure, l'implication des différents partenaires. " Les adultes ont un rôle influent à jouer dans cette campagne de sensibilisation, ils véhiculent une certaine image auprès des jeunes ". commente le Dr Casanova, alcoologue au Centre Hospitalier d'Arles et l'une des principales instigatrices du projet.
     
La sécurité routière dans le projet
  Le thème de la sécurité routière présente des avantages certains dans un projet de prévention concernant les conduites d'alcoolisation.
   
  Il s'agit d'abord d'un thème d'intérêt général, reconnu par tous, entraînant immédiatement l'adhésion. S'y référer permet donc de légitimer une intervention de type alcoologique tant auprès du public qu'aux yeux des acteurs de terrain, notamment ceux qui sont chargés de représenter la loi.
   
  La sécurité routière comporte par ailleurs un double aspect préventif et répressif. Bien que renvoyant essentiellement à ce qu'il est interdit de faire, elle affiche également l'objectif d'éviter des situations préjudiciables à l'individu et au groupe social. Sa mission est identifiable, légitime et mesurable : réduire le nombre des accidents sur la route. Les sanctions (retrait de permis, amendes) ne sont pas ressenties de façon uniquement négative puisqu'elles ont un impact sur la sauvegarde des vies humaines.
   
  La législation routière est relativement bien connue, et le public de mieux en mieux familiarisé avec les recommandations pratiques : la correspondance entre nombre de verres absorbé et alcoolémie est souvent bien intégrée, même si les autres paramètres (poids, durée d'élimination...) sont moins bien maîtrisés.
   
  Le thème de la sécurité routière a donc été largement exploité lors de la semaine finale qui a clôturé les sept mois du programme et regroupé différentes manifestations publiques animations, débats, démonstrations de " voiture-tonneau "... Les jeunes notamment se sont beaucoup mobilisés et on a noté une participation importante de l'encadrement des scolaires. Le " clou " de la semaine a été le gala de boxe, organisé avec une municipalité voisine, avec la participation du Lion's club qui assurait la vente de délicieux cocktails sans alcool, à 5 F le verre. En dépit du grand nombre de personnes venues applaudir la vedette, Julien Lorcy, pas une goutte d'alcool n'a été consommée au cours de la soirée et aucun accrochage, aucun problème si minime soit-il n'a été déploré.
   
Bilan
  Quelles activités ont été développées au cours de ces semaines ? Qui a été touché ?
   
  L'absence d'opposition déclarée, l'implication progressive des acteurs et les nombreuses marques d'approbation montrent d'emblée que le programme a été bien accepté par la population.
   
  Dans la commune elle-même, la population était tenue au courant par le journal local qui reflétait, étape par étape, l'évolution du travail mené. Chacun a pu prendre connaissance du questionnaire-enquête préparé avec la collaboration du centre social et adressé, sur papier à en-tête de l'A.N.P.A., aux 6000 foyers de la commune. " Avec ce questionnaire. c'est un peu comme si on pénétrait dans la vie des gens ". Les exemplaires remplis et retournés ont permis d'ébaucher un " état des lieux " de l'alcoolisation à Saint-Martin, tout en faisant émerger des propositions.
   
  Quant aux scolaires, principalement les classes de 3e et de 4e, ils ont vu ou pratiqué les épreuves-test de la D.D.E., consulté la borne Autocool du Comité du Doubs de l'A.N.P.A., monté pour certains d'entre eux un document vidéo ou participé à un débat avec des représentants du social, du politique. de la loi et de la santé. Deux classes de 6e ont travaillé sur le thème de la campagne, dans le cadre d'un concours de dessin, et deux classes de 5e ont réalisé un document vidéo sur le sujet. Enfin, une soirée karaoké a réuni, dans un cadre non conventionnel, 50 jeunes et des représentants de la sécurité routière.
   
  La charte a été affichée et respectée par les signataires qui se sont déterminés à ne plus proposer de premix dans leurs commerces.
   
  La réduction des abus ne pourra s'envisager que dans un avenir plus lointain dans la mesure où elle suppose l'assimilation de notions très diversifiées, allant de la " norme " de consommation à la prise de conscience, nécessairement plus impliquante, des risques liés à l'abus.
   
  Parmi les productions locales, on peut identifier :
 
  • Un calendrier " éducatif " diffusé par les services des sports.
  • Un questionnaire diffusé dans la commune. dont les résultats ont été analysés et commentés,
  • La charte signée par les politiques et les distributeurs,
  • Une appellation-label, Soif de vie, significative pour la population,
  • Une affiche et une bande dessinée,
  • Les dessins du concours,
  • 2 vidéos tournées avec et par des ados du collège sur le thème de la publicité.
   
  Il faut également signaler les nombreux articles parus dans la presse et contribuant au rayonnement de la manifestation dans les communes avoisinantes. Mais aussi et surtout la décision du maire d'interpeller ses homologues du département, ainsi que le ministre de la justice sur la législation en vigueur et son manque d'application. Il préconise, comme moyen d'action, le soutien aux associations sportives qui limiteraient la distribution des boissons alcoolisées dans leur buvette.
   
  Le thème de la sécurité routière s'est avéré particulièrement intéressant pour conforter l'acceptation du projet de prévention, surtout auprès du public jeune. Il a permis d'assurer, grâce à des expériences concrètes et des supports attractifs, la mobilisation du public et une information adaptée par des professionnels. Le Comité de l'A.N.P.A. a joué dans ce cadre un rôle de sensibilisation, d'information et de coordination, réussissant à fédérer de nombreux partenaires locaux tout en respectant les missions propres à chacun d'entre eux. Le Comité de Prévention de la Délinquance a d'ailleurs vu sa notoriété et ses activités se renforcer. Mais le meilleur indice de popularité reste sans doute la sollicitation de Saint-Martin par plusieurs communes du département, séduites par l'expérience et tentées de s'engager elles aussi dans la même direction.
   
  En matière de prévention des toxicomanies, la Commune s'est fixé pour objectifs de limiter les abus d'alcool et privilégier la protection des mineurs.
   
  L'objet de la présente Charte est d'officialiser un partenariat entre les différents acteurs locaux :
 
  • la Municipalité de Saint-Martin-de-Crau.
  • le magasin (désignation de l'établissement).
   
  Art. 1 : La vente de boissons alcoolisées est interdite à toute personne de moins de 16 ans.
   
  Art. 2 : Le personnel des magasins d'alimentation s'engage à demander une pièce d'identité à toute personne pouvant être suspectée de ne pas avoir l'âge requis pour acheter des boissons alcoolisées.
 
  Art. 3 : Le responsable du magasin s'engage à apposer des affiches rappelant la réglementation en vigueur, en matière de vente de boissons alcoolisées, à des emplacements qu'il déterminera librement.
 

 

  Art. 4 : La Municipalité s'engage à faire intervenir le personnel de la Police municipale, aux heures d'ouverture des bureaux, pour tout incident survenu lors du refus de vente de boissons alcoolisées.
   
  Art. 5 : La Gendarmerie s'associe à cette démarche et insiste sur la responsabilité des familles à l'égard de leurs enfants mineurs, face à des consommations abusives d'alcool (art. 227.17 du Code pénal).
 
  Art. 6 : La Municipalité s'engage à mener une campagne d'information de cette opération intitulée " Soif de vie à Saint-Martin " auprès de ses administrés et à leur faire connaître les partenaires de cette action.
 
  Art. 7 : Cette Charte, signée par les deux parties, sera affichée en bonne place, à la vue du public.