N° 4 - 2000
 
  Prévention à l'école primaire
   
 

Par Par Didier Jourdan ( I.U.F.M. d'Auvergne, Clermont-Ferrand), Liliane Astier (I.U.F.M. d'Auvergne, Clermont-Ferrand), Patricia Lepan-Lenat (Comité du Puy-de-Dôme de l'A.N.P.A.)

Depuis quelques années, une impulsion nouvelle se manifeste au sein du monde éducatif en faveur de l'éducation sanitaire et notamment de la prévention des risques liés à l'alcool.
A plusieurs reprises, le ministère de l'Éducation Nationale s'est engagé en faveur d'une démarche visant à développer chez les élèves le sens des responsabilités, vis-à-vis d'eux-mêmes comme vis-à-vis des autres.
Dans son rapport à l'Assemblée Nationale (1999), la Commission des affaires culturelles, familiales et sociales estimait que " l'éducation à la santé ne doit pas être une option facultative, ponctuelle et "décousue". Elle doit être professionnalisée et conçue dans le cadre d'un projet d'enseignement global inscrit dans la durée ".
Les deux contributions qui suivent apportent un éclairage novateur sur deux temps particuliers de cette éducation et de cette réflexion, dans le cadre de l'école primaire d'abord, dans les établissements de second degré ensuite.


Depuis sa création il y a près de dix ans, l'Institut Universitaire de Formation des Maîtres (I.U.F.M.) d'Auvergne accorde une place importante aux questions d'éducation pour la santé à l'école élémentaire, tant dans la formation elle-même que dans les actions qu'il conduit sur le terrain. Très rapidement, les partenaires locaux de la santé et de la prévention, au premier rang desquels trois des Comités départementaux de l'A.N.P.A. de la région Auvergne, ont été impliqués.

Après une analyse commune des obstacles susceptibles de se présenter, nous avons tenté de développer et de tester une approche concrète de la prévention de l'alcoolisme dans le cadre bien spécifique de l'école primaire. Le manque de formation des enseignants s'étant imposé comme un frein majeur à la mise en œuvre des actions de prévention, nous avons par ailleurs construit un module de formation initiale à l'intention des stagiaires de l'Institut.
C'est de cette expérience de travail en commun tant dans les écoles qu'avec les étudiants et les stagiaires de l'Institut que ce texte voudrait témoigner. Nous ne proposons évidemment aucune innovation révolutionnaire, mais plus humblement notre réflexion telle qu'elle s'est construite dans ce travail en commun.
Après avoir fait le point sur la place de l'éducation pour la santé à l'école élémentaire, nous présenterons le projet de prévention que nous avons adopté ainsi que, à titre d'exemple, un travail réalisé en CM2. Enfin, dans une dernière partie, nous décrirons la nature des formations proposées aux étudiants et stagiaires de l'I.U.F.M. d'Auvergne.

   
L'école primaire aujourd'hui
 
  Une mission de prévention
  L'idée selon laquelle c'est pendant l'enfance (avant l'apparition des comportements à risque) que s'acquièrent les comportements positifs vis-à-vis de la santé a depuis longtemps conduit les autorités politiques à assigner à l'école une mission de prévention. Depuis les leçons de morale sur l'hygiène, la tuberculose ou l'alcoolisme de la fin du siècle dernier jusqu'à l'intégration de l'éducation pour la santé dans les programmes de 1995, l'école primaire s'est toujours vu attribuer ce rôle. Même s'ils ne sont pas encore (en général) sujets à des comportements à risque vis-à-vis de l'alcool, les élèves de l'école maternelle et élémentaire ont pourtant une connaissance relative de ce produit, du fait de son rôle dans les relations sociales de notre pays.
   
  Un cadre institutionnel favorable
  La place accordée à l'éducation pour la santé ayant évolué de façon très rapide ces dernières années dans le cadre de l'Éducation nationale, il nous a semblé nécessaire de faire le point des outils institutionnels dont peuvent disposer actuellement les différents acteurs.

- Les textes existants :
Depuis la loi d'orientation de 1989 (J.O. du 10.07.1989), l'éducation pour la santé a trouvé une place plus claire dans les enseignements dispensés à l'école élémentaire. Cette loi et les textes qui ont été publiés par la suite en précisent le cadre institutionnel. Enfin, un texte important publié en 1998 (3.12.1998, BO 45) souligne que l'éducation pour la santé s'inscrit dans un projet éducatif global passant par l'organisation du cadre de vie à l'école.
La santé n'étant pas une " discipline supplémentaire ", les programmes de l'école maternelle et élémentaire font appel à des savoirs, des savoir-faire et des savoir-être relevant de diverses matières : éducation civique, physique, artistique, sciences du vivant.

L'éducation pour la santé à l'école maternelle peut être abordée sous trois angles :

  • le développement des compétences liées à l'autonomie, la confiance en soi, la responsabilité, la relation aux autres, l'adaptation
  • l'hygiène dans les gestes quotidiens
  • une sensibilisation à quelques données générales telles que le rythme, l'alimentation, la propreté, conduisant à l'élaboration de règles de vie simples.

Par l'apprentissage des contraintes et des règles de la vie collective, mais aussi l'attention portée individuellement au bien-être de l'enfant, l'école maternelle constitue un lieu privilégié pour une éducation à la santé globale. A ce stade, on ne parle encore évidemment pas d'alcool.

A l'école élémentaire, les activités pour la santé peuvent se diversifier et emprunter à d'autres disciplines, en intégrant par exemple des dimensions physiologiques (en lien avec le travail de biologie sur le fonctionnement du corps), de connaissance de soi (en lien avec les activités physiques ou artistiques) ou de respect de soi et d'autrui (dans toutes les situations de la vie quotidienne). La prévention de l'alcoolisme peut trouver sa place dans ce cadre.

- Le projet d'école, un support pour une démarche partenariale
" Le projet d'école a pour but de mettre en relation les objectifs nationaux et la situation locale, et de définir les stratégies qui paraissent le mieux appropriées pour atteindre les objectifs en tenant compte du contexte " (Minsitère de l'éducation nationale. Le projet d'école. CNDP- Hachette, 1992). En fonction des besoins retenus par le conseil d'école, le projet d'école pourra inclure une " dimension santé " impliquant divers partenaires (spécialistes de la prévention, médecins, parents, municipalités, maîtres). Cette " dimension santé " n'étant généralement pas isolée, mais se rapprochant d'autres projets visant à l'amélioration de la qualité de vie (aménagement de la cour, développement du goût de la lecture par exemple).

   
  Quelle éducation pour la santé à l'école primaire ?
  L'évolution positive du cadre institutionnel pour l'éducation à la santé joue naturellement en faveur des actions concernant l'alcool. Pourtant, force est de constater que leur mise en place reste très délicate : la prévention de l'alcoolisme à l'école est loin de faire l'unanimité. Elle pose notamment la question du rôle que les parents doivent jouer dans l'éducation de leurs enfants, étant bien entendu que l'école n'a pas à se substituer à eux. Nous avons donc cherché à élaborer une approche de la prévention spécifique tenant compte des apports de la recherche en éducation pour la santé, et conforme à l'éthique de l'école.
   
  Le modèle sous-jacent
  La prévention de l'alcoolisme à l'école est encore souvent basée sur le modèle hygiéniste qui consiste à donner une information sur les conséquences de l'alcoolisme, ainsi que sur les bons et les mauvais comportements. Cette approche, qui revient toujours à " L'alcool tue, mais pas l'eau ferrugineuse ! " a clairement montré ses limites vis-à-vis des principaux problèmes de santé publique actuelle. Il existe heureusement bien d'autres façons de faire de la prévention. Des outils pédagogiques ont déjà été développés, en particulier par l'I.S.P.A. (Institut Suisse de Prophylaxie de l'Alcoolisme - Lausanne) et l'A.N.P.A. [Lamantinette. Comité du Maine-et-Loire de l'A.N.P.A. - Jeux d'enfants, ISPA - (Lausanne) - Papillagou et les enfants de Croque lune - Comité de Côte-d'Or de l'A.N.P.A. ]. Ces approches sont basées non sur l'exposé des conséquences d'un " fléau " mais sur l'analyse fine des déterminants de la consommation d'alcool. Ce qui suppose que l'on sorte des schémas manichéens du bien et du mal, et que l'on s'intéresse plutôt à ce qui permet à un individu de garder sa liberté face aux pressions du milieu. Le développement de nouvelles " compétences " telles que la curiosité d'esprit, le sens de la communication, le goût de l'initiative personnelle, lui permettra d'affronter l'existence, le mal-être, les conflits, sans passer par une conduite à risques.
 
  Construire un projet de prévention à l'école primaire
  Pour être efficace, un projet de prévention pourrait :

1. S'inscrire dans un cadre partenarial et donc être global : prendre en compte tous les aspects de la vie de l'enfant partenarial : donner sa place à tous les acteurs de la communauté éducative (enseignants, infirmières et médecins, éducateurs, parents, services publics… et les élèves eux-mêmes) pluridisciplinaire : être considéré comme une éducation à la citoyenneté et non limité à la dimension physiologique intégré au projet d'école : une contractualisation est nécessaire à la pérennité de l'action géré par les enseignants, comme les autres activités de classe.

2. Adopter une démarche structurée : prendre en compte les besoins, définir les objectifs, prévoir une évaluation sont les étapes constitutives de tout projet. Le tableau ci-dessous présente les principales étapes d'une action de santé. Il peut naturellement être adapté et s'applique avec souplesse.

3. Promouvoir des activités de classe adaptées : les activités d'éducation pour la santé ne diffèrent pas des autres activités éducatives. Deux aspects doivent néanmoins être privilégiés : le développement des compétences psychosociales, dont nous avons déjà parlé, et la prise en compte du mode d'apprentissage des enfants. Un enfant, comme un adulte, est toujours " complet ", il ne passe pas de l'ignorance au savoir. Consciemment ou pas, il dispose d'un modèle explicatif du réel, de son propre fonctionnement, qui est organisé et cohérent. Tout apprentissage consiste en fait en une réorganisation du savoir de l'enfant. Ceci est particulièrement vrai dans le domaine de la santé qui fait appel à des notions aussi personnelles que le bien-être, les peurs, les angoisses…

   
  De sérieux problèmes éthiques
  Dans le cadre de l'école publique, le respect de la liberté reste un problème central. Ce qui ne signifie pas qu'il faut éliminer les règles, bien au contraire, surtout à un âge où les enfants se montrent avides de repères et souvent plus favorables à la prévention qu'au moment de l'adolescence. Mais les messages doivent être suffisamment ouverts, tolérants, et pas trop normatifs : pas plus qu'il n'est possible de fixer scientifiquement un seuil de consommation d'alcool non dangereux, on ne peut affirmer que tel type de consommation est bon ou mauvais, etc.

Mais là n'est pas l'essentiel. Le risque de traumatiser ou de culpabiliser l'enfant est toujours réel : dire à un enfant de 9 ans dont les parents consomment de l'alcool que cette consommation peut conduire à la mort, par accident ou maladie, n'est pas anodin. Il est donc essentiel de faire preuve de beaucoup de doigté. Une approche possible consiste à se baser sur le savoir de l'enfant pour lui permettre ensuite d'intégrer d'autres éléments susceptibles d'éclairer ses choix. N'oublions pas que le problème de l'alcoolisme dans notre pays est tel que l'on a de fortes chances de rencontrer dans chaque classe au moins un enfant dont des personnes proches sont en difficulté avec l'alcool.

   
  Un projet pour la classe de CM2
  Forts de ces réflexions, nous avons tenté de mettre en œuvre un travail d'éducation sanitaire adapté à la prévention de l'alcoolisme dans une classe de CM2. Bien que nous l'ayons testé à la fois en milieu rural et en milieu urbain, nous ne détaillerons ici que le travail d'une classe, s'insérant comme les autres dans un projet d'école multidisciplinaire.

Rappelons que l'objectif du maître est d'aider l'élève à travailler sur l'autonomie, la responsabilité, l'aptitude à faire des choix. Ses premiers partenaires sont naturellement les parents. Il n'est pas pensable de conduire un tel projet sans leur accord, leur aide. Mais les parents ne pourront adhérer au projet que s'il y a dialogue, échange avec les enseignants.

Autre partenaire : l'expert, dans notre cas l'animatrice du Comité du Puy-de-Dôme de l'A.N.P.A., qui apporte à tous, élèves, parents, enseignants, les réponses aux questions souvent très pointues qui peuvent se présenter.

L'infirmière scolaire est, elle aussi, impliquée dans le projet.

Notre projet a été conduit à la fois par les enseignants de l'école, l'infirmière scolaire et l'animatrice du C.D.P.A., en collaboration avec un formateur de l'I.U.F.M. La décision d'un travail collectif avait été prise dès le mois de juin de l'année précédente. Le projet a été élaboré à partir du mois de septembre, conduit tout au long de l'année et évalué par le groupe. Le lien avec les parents est resté un souci constant : présentation du projet à la réunion de rentrée, courriers, invitation à une réunion sur le thème " Que faire à la maison et à l'école pour prévenir les conduites à risque ", invitation à l'exposition réalisée avec les enfants.

   
  Le projet dans le quotidien de la classe
  Afin que les enfants s'approprient le projet, nous commençons par les faire travailler sur la notion de conduite à risque (" une conduite dangereuse pour soi-même et pour les autres ").

Une information, aussi objective que possible, sur le produit alcool est nécessaire. Elle peut se faire au travers de la biologie, avec l'alimentation, la digestion, la circulation, le système nerveux.

 
  • En ce qui concerne le comportement de l'individu, plusieurs disciplines peuvent être exploitées : en français, l'expression orale surtout (argumentation, discussions), mais aussi la lecture d'albums, le travail sur la presse et les faits divers donnent aux enfants l'occasion de mener une réflexion sur eux-mêmes et les autres, d'exprimer des craintes, des angoisses, de chercher des solutions.

En E.P.S. (Éducation physique et sportive), les enfants sont amenés à travailler la prise de risques, la connaissance de soi, de ses limites, leur dépassement.

  • La dimension sociale de l'alcool, l'image qu'il véhicule, les traditions, ressortent indirectement de nombreuses publicités, même si la loi Evin a limité le champ des mentions autorisées. Un travail en commun permet d'en décrypter les différents messages.
  • La législation, le coût, l'économie peuvent être abordés au travers de l'éducation civique.
  • Les problèmes sociaux en lien avec l'alcool tels qu'ils sont traités dans la presse : accidents de la route, violence, actes d'incivisme, font l'objet de débats et de commentaires.
   
  Ce qui permet aux enfants de concrétiser ce projet
  Des actions telles que : une explication sur les publicités en faveur de l'alcool, une réunion parents-élèves-partenaires offrant aux élèves la possibilité de s'exprimer, de débattre avec les adultes de cette question, une rencontre avec des pairs (une autre classe de CM2) où la consigne sera : " Vous voulez faire passer un message de prévention de l'alcoolisme à vos copains, quel est pour vous l'essentiel ? " sont autant d'actions qui permettent de finaliser le travail entrepris.
   
  Que va-t-on évaluer ?
  Il n'est pas envisageable d'évaluer les comportements à long terme sur la base d'études épidémiologiques, même si c'est bien à un changement de comportement que tend notre action.

En revanche, une évaluation dans le domaine de la connaissance (place sociale de l'alcool, toxicité, connaissance du corps…) est possible. Nous pouvons également mesurer l'implication des enfants dans le projet et l'intérêt qu'ils y ont porté.

L'attitude des enfants en classe, un plus grand respect de l'autre, leur aptitude à mieux dire les choses sont autant d'éléments qui seront pris en compte.

   
Quelle formation pour les enseignants ?
   
 

Dans la démarche partenariale que nous proposons, c'est au maître que revient le rôle de conduire le projet. Pourtant, lorsqu'on les interroge, les enseignants font état de lacunes dans leur propre formation. Former des enseignants compétents et motivés est donc un préalable nécessaire à la mise en œuvre d'un travail d'éducation pour la santé à l'école, en particulier en les aidant à se forger une identité professionnelle, situer leurs missions et les intégrer dans un cadre éthique spécifique. L'approche de l'éducation pour la santé se révèle en fait beaucoup plus facile en formation continue, du fait de l'insertion dans un réseau de partenaires et de la confrontation avec des situations réelles, qu'en formation initiale. Dans le module que nous avons construit, la formation initiale du professeur d'école intègre quatre dimensions, l'amenant à réfléchir sur :

  • la place du corps et de la santé à l'école
  • les missions du maître dans le domaine de la prévention
  • l'approche partenariale de l'éducation pour la santé
  • un apprentissage méthodologique (construction de projet, gestion du partenariat, activités).

Cette formation s'articulant naturellement sur d'autres disciplines complémentaires (psychologie, pédagogie, connaissance du système éducatif, français, biologie…).

Voici, à titre d'exemple, le module que nous proposons aux professeurs des écoles stagiaires de deuxième année à l'I.U.F.M.

Module de mise en œuvre dans le cadre de la formation initiale des professeurs des écoles (9 heures)
1. L'enseignant n'est pas seul, des partenaires peuvent l'aider dans la mise en œuvre d'actions de prévention et dans la prise en charge des questions de santé (3 heures) :
Intervenants : IUFM, service de santé scolaire
Analyse de l'expérience acquise au cours des stages, identification des problèmes ; études de trois cas concrets. A partir de ce travail, mise en évidence de la mission du maître, le rôle concret des différents partenaires, comment les contacter ?
2. La santé dans la vie de l'école, l'éducation à la santé, le rôle du maître (3 heures) :
Intervenants : CDPA, IUFM
Travail sur le concept de santé à partir d'un photolangage, apport sur le thème de la dépendance à l'alcool et de la prévention, analyse de publicités pour l'alcool. Le travail vise à mettre en évidence la complexité de l'éducation à la santé (qui ne peut se limiter à un apport d'information), le rôle de l'école, et l'importance de l'aspect éthique.
3. L'éducation à la santé dans les activités de classe, l'élaboration des projets (3 heures) :
Intervenants : IUFM, CDES [Comité Départemental d'Éducation pour la Santé], spécialistes de la prévention
La place de l'éducation pour la santé dans la vie de la classe. Témoignage sur le travail réalisé en grande section de maternelle et en CM à l'école Aristide Briand, en partenariat avec le SAMU et le CDPA. Recherche à partir d'un thème, adaptée à l'âge des enfants.

Voici un descriptif des différents cycles d'apprentissage

Cycle des apprentissages premiers (maternelle)
Les programmes de 1995 (B.O. 95) ouvrent les perspectives en éducation pour la santé dans les différents domaines d'activité de l'école maternelle. Dans les trois premiers ce sont les compétences liées à une éducation globale qui sont développées, dans le quatrième, la place est donnée à la découverte du corps et à la sensibilisation aux problèmes de santé.
- vivre ensemble : il s'agit du développement de compétences susceptibles de permettre aux individus de prendre en charge leur santé de façon responsable tout au long de leur vie : apprentissage de la vie collective, de la relation aux autres, règles de vie collective, écoute de l'autre, autonomie, responsabilité.
- agir dans le monde : l'exploration du milieu, la découverte de ses possibilités et limites corporelles, l'expression par le corps, la mesure des risques, la modulation de son énergie.
- imaginer, sentir, créer : domaine dans lequel l'enfant est conduit à développer sa sensibilité, son imagination et sa capacité de créer, ses facultés d'attention et de concentration, son esprit critique et son aptitude à exprimer des goûts et des choix.
- découvrir le monde : avec en particulier la découverte du corps : sensibilisation explicite aux problèmes d'hygiène et de consommation, éducation à la sécurité, rythmes de vie (rôle du sommeil, du repos), hygiène de l'alimentation (régularité des repas, composition), règles élémentaires d'hygiène, développement des capacités sensorielles.

Cycles des apprentissages fondamentaux (grande section, CP, CE1)
Compétence transversale constitutive de l'éducation à la citoyenneté, l'éducation pour la santé s'appuie sur plusieurs disciplines.
- Éducation civique : c'est autour du respect de la personne, de soi-même et des autres que doit être abordée la mise en œuvre et la justification des règles d'hygiène de vie, de sécurité, de tenue et d'éducation pour la santé.
- Découverte du monde du vivant : acquisition de connaissances physiologiques et anatomiques, incitation au respect de règles d'hygiène : propreté, alimentation, sommeil, rythmes de vie.
- Éducation physique : c'est la connaissance de soi et de ses capacités et limites qui est visée : adapter ses efforts, agir en fonction du risque reconnu et apprécié, dominer ses appréhensions, exprimer ses sentiments…

Cycle des approfondissements (CE2, CM)
Tout comme dans le cycle précédent, l'éducation pour la santé rejoint les valeurs relatives à la personne (respect de l'intégrité physique, responsabilité dans la protection de la santé), elle est aussi abordée sous l'angle physiologique (fonctions de relation, de nutrition, conséquences à long terme de notre hygiène et de nos comportements, secourisme) ou dans le cadre des activités physiques, sécurité individuelle et collective, préservation de la santé).

Annexe au projet d'école Éducation à la santé - École d'application Aristide Briand, Clermont-Ferrand - 1997-1998
Objectifs initiaux inscrits au projet d'école
Développer l'éducation à la santé et conduire les enfants à devenir des citoyens responsables :
- actions en collaboration avec l'IUFM dans le cadre du " module santé " ;
- projet interdisciplinaire dans les classes volontaires avec une démarche cohérente et un contenu adapté à l'âge des enfants ;
- information et association des parents d'élèves.
Finalités
- Éduquer les enfants, en les aidant à gérer leur capital santé et à être capables de faire des choix libres et responsables, sans leur dicter une conduite.
- Inscrire ce travail dans le cadre de l'éducation à la citoyenneté.
- Réaliser des actions en collaboration avec l'I.U.F.M. dans le cadre du projet santé.
Objectifs pour le maître
- Aider les enfants à acquérir plus d'autonomie, de responsabilité et à améliorer leur aptitude à faire des choix.
- Mettre en œuvre des activités visant à permettre aux enfants de se connaître (connaître leur corps, prendre conscience de leurs points communs) et de développer leur confiance en eux.
- Apporter aux enfants une information suffisante mais qui ne soit ni excessive, ni moraliste, ni alarmiste.
- Élaborer avec les enfants des règles de vie dans le but de prendre soin d'eux-mêmes et des autres.
Mise en œuvre
Cette éducation à la santé se fait :
- au travers des activités habituelles de la classe : elle concerne toutes les disciplines ;
- en associant des parents d'élèves, le médecin scolaire, des intervenants extérieurs et de spécialistes des questions abordées (CDPA, SAMU par exemple) ;
- en tenant compte du programme, du développement de l'enfant et des problèmes posés, il est possible de proposer :

  • au cycle 2, de travailler autour du sommeil, des rythmes de vie et de la sécurité ;
  • au cycle 3, de s'orienter vers l'éducation nutritionnelle et la prévention des conduites à risques.
   
  Évaluation du projet
  - Implication des classes ?
- Combien d'actions réalisées ?
- Types d'actions réalisées ?
- Combien de partenaires sont intervenus ? Lesquels ?
- Quelle a été l'implication des parents ?
- Évaluation immédiate des activités réalisées par les enfants :
- taux de réussite à la sécurité routière ?
- identification d'appel du SAMU ?
 
  Propositions pour une démarche à l'échelle de l'école
 
Questions Étapes
Pourquoi ? Pour qui ? Une action. Analyse de la situation(population, environnement, services, structures)
Que faire ? Avec quels moyens ? Choix des priorités d'action
Quel but veut-on atteindre ? Définition des objectifs
Comment faire ? Avec qui? Définition de la stratégie d'action
Et maintenant ? Déroulement et suivi de l'action
Et après ? Qu'est-ce qui s'est passé ? Comment faire la prochaine fois ? Quels résultats ou impact a-t-on constaté ? Évaluation
   
  Une expérimentation en Pays de Loire
Une action intitulée " Prévention primaire des conduites d'alcoolisation à risque " se déroule actuellement en région Pays de Loire. Menée en partenariat - elle associe dans chaque département l'A.N.P.A., le Comité Français d'Éducation pour la Santé et l'Éducation Nationale - elle a bénéficié d'un financement Réseau National de Santé Publique et doit se dérouler sur trois années (1998-2001) auprès d'élèves s'étageant de la grande maternelle à la 4e, avec une déclinaison identique dans les cinq départements.
L'enjeu de cette action de prévention est d'aider les élèves à acquérir de nouvelles compétences psycho-sociales, c'est-à-dire à réagir à certaines causes d'une consommation inadéquate, découvrir des moyens d'affronter et de gérer ses conflits, faire des choix réfléchis, adopter une attitude responsable. A l'école primaire, les animations s'appuient essentiellement sur deux outils : Jeux d'enfants (ISPA)et Léo et l'eau (CFES), au rythme de dix séances annuelles (soit 30 heures en fin de parcours).
Pour des raisons d'homogénéité, les établissements concernés, école primaire et collège, ont été choisis dans le même quartier, dans chacun des départements.
Une évaluation finale sera confiée à un cabinet extérieur qui procèdera notamment à une comparaison avec des classes témoins.
D'ores et déjà les résultats s'annoncent très positifs : la collaboration entre enseignants et animateurs, très riche dès le départ, a suscité dans les classes un esprit nouveau, perceptible y compris par les enseignants non concernés par cette action. La communication passe mieux d'enfant à enfant, mais aussi entre les enfants et les adultes, parents et enseignants.
En classe, la parole libérée génère un comportement moins agressif, mieux maîtrisé, avec chute du nombre de coups ou actes brutaux dans la cour de récréation.
Déjà, plusieurs classes extérieures au projet ont manifesté leur souhait de s'engager dans une action similaire.
   
Conclusion
   
  Notre expérience de plusieurs années n'a fait que renforcer notre conviction de départ sur les actions de prévention de l'alcoolisme à l'école primaire. De par son recrutement (tous les enfants), les missions qui lui sont confiées (éducation citoyenne), son organisation (un maître par classe), l'âge des enfants (avant l'apparition des conduites à risque et des comportements de transgression d'interdits), l'école constitue un lieu privilégié de prévention des conduites à risque. L'identification des obstacles rencontrés nous a permis de mieux cerner ce qui est essentiel à la réussite des actions d'éducation auprès de jeunes enfants dans le cadre scolaire. Il s'agit d'une part de la représentation que le maître se fait de la prévention et de son rôle, et d'autre part de la nature du partenariat qui pourra se développer au niveau local.
Agir pour le développement de la prévention de l'alcoolisme en primaire passe donc par une redéfinition de l'éducation pour la santé dans la formation des enseignants, mais aussi par la création d'un réseau de partenaires institutionnels ou associatifs autour des écoles.
L'éducation pour la santé dans les classes primaires est une bonne illustration du rôle joué par l'école dans la société dès lors qu'elle sait mobiliser la communauté éducative. Au-delà de la transmission des savoirs, l'école participe pleinement à la construction de la citoyenneté des enfants qui lui sont confiés.
   
  Bibliographie
  1. Bulletin officiel de l'éducation nationale du 15 novembre 1990 : Prévention des consommations nocives et des conduites à risques.
2. Bulletin officiel de l'éducation nationale spécial du 9 mars 1995 : Programmes de l'école primaire
3. Bulletin officiel de l'éducation nationale du 6 juin 1996 : Prévention de la violence en milieu scolaire.
4. Bulletin officiel de l'éducation nationale du 3 décembre 1998 : Éducation à la santé à l'école et au collège.
5. Bulletin officiel de l'éducation nationale du 23 septembre 1999 : Campagne de lutte contre la consommation excessive de boissons alcoolisées.
6. Loi d'orientation sur l'éducation, J.O. du 10 juillet 1989.
7. Ministère de l'Éducation Nationale ; Le projet d'école ; C.N.D.P./Hachette 1992.
8. Ministère de l'Éducation Nationale ; Les cycles à l'école primaire ; C.N.D.P./Hachette 1991.