| N° 4 - 1990 | |||
| Alcoolique qui es-tu ? | |||
| Étonnante symbiose que celle d'un peintre, d'un narrateur et d'un musicien réunis autour d'un texte d'une grande densité. " Alcoolique, qui es-tu ? ", le dernier vidéo de l'A.N.P.A., répond à une conception extrêmement novatrice. Sous nos yeux s'élabore un tableau original dont les différentes phases scandent et soulignent les passages du texte. | |||
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La première partie, centrée sur le parcours du malade alcoolique (les différents " stades " de Vachonfrance) laisse parler les couleurs du peintre. Masses brillantes faillies des tubes, elles viennent s'étaler sur la palette avant de fusionner avec les autres sous l'effet du pinceau, se transformant, se nuançant à l'infini. Illusions d'un jour, certitudes qui basculent, définitions impossibles. " Je n'ai pas de mots pour dire ma souffrance, le plus simple c'est peut-être de la nier ". |
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| Et puis peu à peu le tableau s'élabore. Les couleurs deviennent lettres, les lettres dessin, le dessin lumière. " Vous dites que je suis un menteur"... Les couches se superposent, c'est un travail complexe qui s'échafaude, trait par trait, une construction de chaque instant. " Vous dites que je suis un chahuteur, un mauvais père". Sous les apparences il y a autre chose, une épaisseur qu'il faut savoir chercher, qu'il faut vouloir regarder. Ne serait-ce pas " cette partie de vous-même qui vous fait peur et que vous rejetez si fort en moi " | |||
| On l'aura compris, ce film s'adresse à tous ceux qui, dans leur pratique professionnelle, sont appelés à aider le malade en quête de stabilisation : thérapeutes, conseillers, accompagnants... Mais il concerne aussi tous ceux qui un jour seront amenés à croiser le malade alcoolique sur leur chemin, pour une relation durable ou éphémère. Tous ceux qui à leur insu, ont été marqués par les préjugés ou les réflexes défensifs répandus dans notre société. Chacun de nous. | |||
| Le texte du vidéo | |||
| Je vais vous dire, à vous qui voulez m'aider, à vous, soignants, par quels stades je vais passer à partir du jour où je vous aurai rencontrés, à quoi cela va vous engager, vous et moi : | |||
| Je vais passer par un premier stade, de dénégation : | |||
| " Non, je ne bois pas ! " Bien sûr, c'est le secret de Polichinelle, c'est la bosse qu'il a dans le dos, tout le monde la voit sauf lui, mais: " Non, je ne bois pas ", ou " Je bois normalement, comme tout le monde ". | |||
| Je n'ai pas de mots pour dire ma souffrance. Le plus simple, c'est peut-être de la nier. | |||
| Je vais passer au stade 2, dans une dépression profonde : " Je ne vaux rien, je suis alcoolique peut-être, je veux bien l'admettre, mais regardez ce que j'ai fait, regardez ce que j'ai fait aux autres, à ma famille, autour de moi. J'ai honte. Je ne mérite pas de vivre ". | |||
| Quand je serai au stade 1, vous devez savoir que je vais passer au stade 2, parce que moi, je ne le sais pas. Ce sera à vous de me construire un matelas confortable pour que je ne m'y fasse pas trop mal... | |||
| Puis je passerai au stade 3 : | |||
| " Regardez comme je suis invulnérable devant l'alcool. Je suis le plus fort. Je suis l'ancien combattant de l'alcool. Je vais vous raconter mes cuites et mes cuites et encore mes cuites " . | |||
| Il vous faudra être très tolérants, mais je suis obligé de passer par là pour arriver au 4ème stade. Où là, je sais, je sais l'incompatibilité entre l'alcool et moi, vous me la dites, j'ai confiance en vous, j'accepte donc vos interdits que je mets comme une barrière protectrice entre l'alcool et moi, mais ces interdits restent les vôtres et, tôt ou tard, je vais rentrer en conflit avec eux et peut-être tout envoyer balader et retourner au stade 3, au stade 2, et peut-être à la bouteille. Alors... restez encore patiemment avec moi pour que je puisse passer au stade 5. | |||
| Où je comprends, je prends en moi, je choisis les interdits qui sont les miens et qui ne regardent que moi et rien ni personne ne pourra faire que je m'en sépare, personne ne pourra plus jouer avec parce que c'est ma liberté intégrée. | |||
| A partir de ce moment-là, tout m'est permis. Mais sachez bien que ce sera long, avec des avancées, des reculs, et que je ne passerai au stade 1, au stade 2, du stade 2 au stade 3... que si, et seulement si je suis sûr d'être écouté, compris, accepté, accueilli, aidé, aimé. | |||
| Mais quel est cet animal bizarre qui croule sous le poids des étiquettes que chacun lui colle, lui décolle et lui recolle selon son humeur, au gré de sa fantaisie, de sa formation, de sa spécialité, de sa... (dé)formation ? | |||
| - Vous dites que je suis un menteur | |||
| C'est vous qui mentez quand vous dites vous maîtriser en tout. Même votre consommation d'alcool, est-elle si claire que vous le dites? Ne buvez-vous pas un peu pour l'effet produit... tout comme moi ? Et si je dis que je ne bois pas, à vous qui me demandez d'arrêter de boire, ce n'est pas un mensonge, c'est de la légitime défense! Est-ce que je vous demande d'arrêter de respirer, moi ? Seriez-vous facilement d'accord. ? " | |||
| -Vous dites que je suis un chahuteur | |||
| Mais je ne sais pas parler autrement. Je ne trouve pas votre humanitude, alors je vous montre, fort et bruyamment, que j'existe. C'est ma timidité qui m'empêche d'être sur votre longueur d'ondes, alors mon énergie ne se canalise pas et je m'exprime par coups d'éclats. C'est ma façon de dire à tout le monde ce que je ne peux dire à personne. | |||
| - Vous dites: il a toujours raison, avec lui, c'est les autres qui sont tous des… c'est les autres qui... | |||
| Mais je suis emmené par un irrationnel tellement angoissant, que c'est la seule façon que j'aie trouvée de ne pas devenir fou ! ? | |||
| - Vous dites que je suis un j'm'en foutiste | |||
| Non, mais j'ai soif.., soif de liberté, soif d'absolu et je ressens que les conventions sociales ne sont pas l'essentiel, alors je les bouscule. Je vais voir au bout du bout des limites ce qui s'y passe. Alors vous changez d'étiquette et | |||
| - Vous dites que je suis un suicidaire | |||
| Mais si je veux voir la couleur de la mort, c'est pour mieux goûter le parfum de la vie. Et si je la risque, c'est pour lui donner le prix que je lui devine sans le trouver. D'ailleurs, quand me vient vraiment l'envie de mourir, je l'abandonne très vite car je sais bien qu'une fois mort je ne pourrai plus boire. | |||
| - Vous dites que je suis un mauvais père | |||
| J'essaie bien d'être un bon père, mais vous ne savez pas que c'est impossible à un enfant d'être père ?Je n'ai pas pu devenir adulte, alors je suis obligé de jouer au père... et ça rate toujours. Mais les enfants, mes enfants, je suis tellement plus proche d'eux que vous, que moi, je sais bien que je les aime... pour de vrai. | |||
| - Vous dites: on ne peut jamais lui faire confiance | |||
| Alors vous ne me faites jamais confiance. Je n'ai plus qu'à vous prouver que vous aviez raison . Mais si, ne serait-ce qu'une seule fois, vous faisiez le pari de me faire réellement, totalement confiance ? Pour voir.. | |||
| - Vous dites que je n'ai pas de volonté | |||
| Mais si vous saviez les trésors d'énergie que je suis capable de déployer... pour trouver de l'alcool ! Et pour que ça ne se voie pas ! Et vous ? Utilisez-vous bien votre énergie ? Quels trésors ne dépensez-vous pas pour essayer de m'aider avec vos arguments scientifiques, rationnels. Mais je ne suis pas raisonnable, alors... ? | |||
| - Alors vous dites que je suis un boit-sans-soif | |||
| Mais sachez bien voir que si je suis assoiffé, c'est avant tout d'amour. Et vous rejetez si fort en moi la partie de vous-même qui vous fait peur, que j'ai peur à mon tour que l'amour n'existe pas. C'est mon idéal qui est en faillite et ça me rend parfois agressif. Je vous en demande pardon. | |||